Union Régionale des Professionnels de Santé pour les Masseurs Kinésithérapeutes d’Occitanie

Kinés d’Occitanie : entre épanouissement professionnel et exposition aux violences, quel quotidien ?

CATÉGORIE

Dans un contexte de tensions croissantes au sein des professions de santé, notre URPS a lancé en novembre 2025 une enquête inédite pour mieux comprendre le vécu professionnel de chacun d’entre vous. Menée par Joy Raynaud, docteur en géographie et consultante spécialiste de l’accès aux soins, cette étude explore trois dimensions majeures : le bien-être au travail, les violences subies par les professionnels et les situations de maltraitance observées chez leurs patients.

Les objectifs fixés par les élus de étaient clairs : mesurer le niveau de bien-être, quantifier l’exposition aux différentes formes de violence et estimer la fréquence des situations de maltraitance repérées chez les patients, tout en identifiant les besoins d’accompagnement des professionnels. « L’enquête aura recueilli les réponses de 444 kinésithérapeutes libéraux, soit environ 5 % des professionnels de la région. Un questionnaire concis, rassemblant 21 questions portant sur l’ensemble de la carrière professionnelle, a permis de favoriser la participation sur des thématiques sensibles », explique Joy Raynaud. Cette approche exploratoire visant à identifier des tendances et ordres de grandeur, a été saluée par plusieurs des répondants de l’enquête. Elle constituera pour notre Union une base robuste dans la mise en place de solutions concrètes.

Un bien-être fragile malgré un attachement au métier

Premier constat : 74 % des kinésithérapeutes libéraux se déclarent « bien dans leur travail », avec une note moyenne de 7/10. « Cette proportion traduit un rapport positif à l’exercice professionnel », souligne Joy Raynaud. Pourtant, ce bien-être apparent cache des fragilités structurelles… Plus de la moitié des répondants (54 %) se déclarent insatisfaits de leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ce décalage met en évidence une dissociation entre satisfaction professionnelle et conditions d’exercice.

Les verbatims collectés illustrent cette tension : « Nous terminons nos semaines totalement épuisés, sans pouvoir prendre de jours de repos, car il faut bien payer nos factures pro et perso ! » témoigne un répondant. Un autre évoque explicitement une urgence, celle de « prendre soins de nos kinés avant un burnout généralisé de la profession ». La charge administrative et le du rythme de travail apparaissent comme les principaux facteurs de cette usure professionnelle progressive.

Une exposition significative aux violences

L’enquête révèle une réalité préoccupante : 61 % des kinésithérapeutes ont subi des violences verbales au cours de leur carrière, avec une médiane de trois épisodes.

Les violences physiques, moins fréquentes, concernent néanmoins 23 % des professionnels. Plus surprenant encore, 38 % ont été confrontés à des comportements agressifs ou menaçants liés au paiement des soins. Les agressions se produisent plus facilement lors des interventions à domicile, « souvent le fait des membres de la famille », rapporte un confrère. Un autre témoignage évoque, lui, des situations diverses : une exhibition, une violente dispute entre un couple au sein de ce domicile ; une insulte suivie d’un refus de paiement…  Face à ces violences, les recours institutionnels demeurent très minoritaires : en effet, seuls 5 % des répondants ont déposé plainte auprès de la police ou de l’Ordre. Surtout, 30 % déclarent « ne pas avoir su quoi faire », révélant un besoin criant d’information et d’accompagnement.

Un rôle de sentinelle

L’étude met également en lumière le rôle crucial des kinésithérapeutes dans le repérage des situations de maltraitance. Au cours de leur carrière, 21 % ont suspecté ou constaté une maltraitance chez un enfant, et 60 % chez un adulte, principalement des violences conjugales ou familiales. Ces chiffres montrent que les kinésithérapeutes constituent un relais important de repérage, nécessitant des cadres d’intervention clairs et des relais institutionnels identifiés. Pourtant, seuls 6 % ont réalisé un signalement officiel, privilégiant le dialogue avec le patient ou l’entourage (60 %) ou la consultation d’un confrère (44 %). Cette faible formalisation souligne, là encore, la nécessité de sécuriser les professionnels dans leurs prises de décision.

Une attente massive d’outils pratiques

Le message des kinésithérapeutes est sans équivoque : 84 % souhaitent disposer d’outils pratiques (fiches, supports) pour mieux savoir comment réagir face à ces situations. Ce besoin d’accompagnement concret apparaît comme un levier prioritaire pour sécuriser les pratiques et soutenir les professionnels au quotidien Cette enquête fondatrice constitue désormais une base d’action pour l’URPS, appelée à agir à la fois sur le soutien individuel, les outils collectifs et la prévention de l’épuisement professionnel.

3 PISTES D’ACTION POUR NOTRE URPS

Renforcement de la prévention de l’épuisement professionnel 
Fiches, procédures, repères… La commission de travail dédiée, placé sous la direction de votre élu et confrère Laurent LUCHAIRE, engage une réflexion visant à vous équiper des bonnes ressources pour mieux faire face aux violences et aux situations de maltraitance.

Clarification des parcours de signalement
Afin de réduire l’écart entre situations vécues et recours institutionnels, un travail de clarification des parcours va être engagé. Plus d’infos prochainement.

Poursuite les travaux par des études ciblées
Avec un centrage méthodique sur plusieurs thématiques (bien-être, violences, maltraitances).
Enjeu central pour vos élus : agir à la fois sur le soutien individuel, les outils et cadres collectifs, afin de préserver durablement le bien-être des kinésithérapeutes libéraux et la qualité des soins.