3 questions à Philippe Trotabas : Directeur Coordonnateur Régional de la gestion du Risque Occitanie Directeur de la Caisse d’Assurance Maladie de l’Hérault

L’accès direct ouvert aux Kinés de trois départements d’Occitanie ouvre-t-il la voie à d’autres assouplissements futurs ?
Au regard des difficultés croissantes d’accès aux soins dans certains territoires, l’accès direct aux masseurs-kinésithérapeutes exerçant en établissement ou en structure d’exercice coordonné (maison de santé pluriprofessionnelle ou centre de santé) est autorisé depuis l’entrée en vigueur de l’avenant 7 à la convention nationale, permettant ainsi aux patients d’être reçus sans prescription médicale préalable.
L’arrêté du 6 juin 2025 ouvre la voie à une expérimentation de l’accès direct pour tous les masseurs-kinésithérapeutes, quel que soit leur mode d’exercice, dès lors qu’ils sont adhérents à une CPTS dans 3 départements de l’Occitanie, le Tarn, le Gers et l’Aude. Prévue pour une durée de cinq ans, cette expérimentation doit permettre d’évaluer dans quelle mesure l’accès direct améliore l’accès aux soins.
Si cette expérimentation confirme des effets positifs tels que la diminution de la charge de travail des médecins, une prise en charge plus rapide des patients, l’amélioration de la prévention et de l’éducation thérapeutique notamment, elle pourrait conduire à élargir le champ des compétences des auxiliaires médicaux en première intention. Elle pourrait également encourager la mise en place d’autres mesures visant à renforcer l’attractivité, la réactivité et la complémentarité de l’offre de soins.
L’accès direct, c’est un progrès mais aussi une source d’économies. A-t-elle été quantifiée, objectivée ?
En effet, pour les patients, l’accès direct offre la possibilité de consulter rapidement un masseur-kinésithérapeute, sans passer préalablement par leur médecin traitant, garantissant ainsi une prise en charge plus rapide. Pour les masseurs-kinésithérapeutes, ce dispositif valorise leurs compétences et renforce leur rôle au sein du parcours de soins.
L’accès direct aux masseurs-kinésithérapeutes pourrait également générer des économies, comme l’estiment des rapports d’experts (baisse de consultations médicales, d’imagerie, de médicaments, d’arrêts de travail …). Toutefois, en France, ces économies ne sont pas encore démontrées. Les évaluations en cours doivent justement préciser leur impact réel sur les dépenses de santé. À la fin des 5 ans, un rapport d’évaluation sera remis aux parlementaires. Selon les conclusions, l’accès direct pourrait être généralisé à l’ensemble des masseurs-kinésithérapeutes exerçant en CPTS sur le territoire national ou, à l’inverse, être abandonné.
Comment cette expérimentation est-elle suivie par l’Assurance Maladie au cours de ces 5 années ?
Il revient aux agences régionales de santé concernées d’évaluer cette expérimentation sur leurs territoires. Elles effectuent un état des lieux de la prise en charge en masso-kinésithérapie pendant l’année précédant le début de l’expérimentation. Elles centralisent annuellement tout au long de l’expérimentation les informations relatives à la qualité de la prise en charge, notamment le nombre de masseurs-kinésithérapeutes participant à l’expérimentation, le nombre de patients reçus en accès direct et les motifs de consultation, le nombre moyen de séances pour ces patients et le nombre d’actes réalisés, le nombre de dossiers médicaux partagés mis à jour, ainsi que les potentiels événements indésirables et le pourcentage de patients orientés vers un médecin. Cette liste n’est pas exhaustive et peut être complétée.
Toutefois, même si le pilotage est confié aux ARS, l’Assurance Maladie est partenaire et suit de près cette expérimentation, à l’aide des indicateurs de suivi et des données de soins. En fonction des remontées du terrain, il est toujours possible entre les partenaires de prévoir des ajustements à ce dispositif.