Ce jeudi 16 avril à Montpellier, l’inter-URPS Occitanie réunissait professionnels de santé et représentants institutionnels autour d’un thème aussi fondamental que (hélas) trop souvent sous-estimé : le nouveau carnet de santé de l’enfant. Une soirée riche d’échanges, où les masseurs-kinésithérapeutes ont démontré, une fois encore, la place centrale qu’ils occupent dans le suivi et le développement du jeune patient.
« Cette soirée illustre parfaitement ce que nous défendons au quotidien : les kinés sont des acteurs incontournables du parcours de santé de l’enfant, dès les premiers mois de vie. Nous avons un rôle à jouer, et nous le jouons », a déclaré Patrick Saut, président de l’URPS Masseurs-Kinésithérapeutes Occitanie.
#mémo Entré en vigueur le 1er janvier 2025, le nouveau carnet de santé de l’enfant porte l’ambition d’un suivi plus précoce, plus global et mieux partagé entre tous les professionnels du parcours de soins. Il intègre désormais les vingt examens obligatoires dans leur intégralité, un nouvel examen à 6 ans centré sur la motricité, la posture et le développement, ainsi que des grilles de repérage des troubles neurodéveloppementaux dès 5 mois. Autant d’outils où l’œil clinique du kinésithérapeute pédiatrique trouve toute sa pertinence. C’est dans ce contexte – et notamment sur ce dernier sujet – que l’intervention de Luc Dardonville, masseur-kinésithérapeute spécialisé en pédiatrie, a marqué les esprits. Avec une clarté et une précision saluées par l’ensemble des participants, il a su montrer en quoi ce carnet de santé rénové ouvre de nouvelles perspectives pour la profession, et comment les kinés peuvent s’en emparer concrètement dans leur pratique quotidienne.
| 3 questions à Luc Dardonville – Que retenez-vous de cette soirée ? Je retiens une première chose : sur le versant neurodéveloppemental de l’enfant, tous les professionnels de santé sont concernés par les nouveautés du carnet de santé, qu’ils aient ou pas une page dédiée à leurs examens dans ce document. La coordination des professionnels au service de la santé de l’enfant et des familles n’est plus une proposition mais une obligation dans une optique de santé publique. Les médecins et pédiatres réclament que chaque profession s’empare du carnet de santé pour en faire un vrai outil de transmission avec eux autour de l’enfant. En attendant la numérisation, écrivons nos observations et conclusions dans le carnet ! Autre point clé : nous, kinés, sommes légitimes à y affirmer notre place. De la même façon que tout professionnel qui soigne enfants ET parents avec une approche holistique de la santé de toute la famille. Je prends l’exemple des sages femmes : elles jouent un rôle primordial sur l’articulation avec la santé psychique des parents. Et, on le sait, cela a un impact majeur sur l’enfant. – En quoi les Kinés d’Occitanie sont-ils moteurs… et précurseurs ? Nous kinésithérapeutes, sommes les spécialistes de la motricité à la naissance ; depuis la reconnaissance de la motricité spontanée normale ou anormale, à la motricité « réflexe », grâce à nos capacités d’évaluation par des outils normés reconnus scientifiquement. Nous croisons ces connaissances avec celles qui concernent les difficultés musculosquelettiques du nourrisson (et plus tard de l’enfant). Dans notre région, les kinés pédiatriques, soutenus par l’URPS MK Occitanie, ont pu se former au GMA (General Movement Assessment) dès 2019 pour participer au repérage et au diagnostic précoce de paralysie cérébrale ou de troubles du neurodéveloppement (TND). En 2020, les recommandations de la HAS à propos du repérage des TND ont confirmé l’utilité d’utiliser le GMA pour ce repérage. Parmi tous les nourrissons que reçoivent les kinés en Occitanie (outre ceux dits vulnérables dont le suivi est organisé par le réseau de périnatalité), de nombreux autres sont adressés pour une déformation crânienne positionnelle ou plagiocéphalie. Pour tous ces nourrissons dont l’efficacité du soin (reconnue, elle aussi, scientifiquement), passe par des prises en soins précoces, intensives et centrées sur les familles, les kinés savent mener en coordination efficace, aux côtés de tous les autres acteurs de la périnatalité. L’Occitanie est à la pointe de toutes ces méthodes diagnostiques et thérapeutiques actuelles. – Comment faire mieux, demain ? Pour le futur, nous souhaitons que l’examen GMA soit disponible facilement pour tous les professionnels de la périnatalité qui auraient besoin de cette évaluation pour aider au diagnostic et à la bonne orientation. Pour cela, nous souhaitons structurer les propositions d’expertise par des professionnels formés sur tout le territoire occitan, et pourquoi pas national. Il existe déjà des groupes de pros formés mais l’accès à leur expertise n’est pas clairement fléché, ni financé. On pourrait aussi imaginer, comme en Australie, une application smartphone de transmission sécurisée de ces films. Les enregistrements seraient faits directement par les parents pour des détections à plus grande échelle ! Ainsi, plus aucun enfant ne serait pénalisé par un diagnostic de paralysie cérébrale tardif, c’est-à-dire à 2 ans. C’est l’âge moyen actuel du diagnostic en France ! Cela, alors que la période de plasticité cérébrale de la première année de vie serait déjà passée. Avec, souvent, une errance diagnostique délétère pour l’enfant et sa famille… |
Qu’on se le dise ! Cette soirée n’est pas un événement isolé. Tout au long de l’année, la commission pédiatrie de l’URPS travaille à valoriser et structurer l’engagement des kinés auprès des enfants : formations, communications, participation aux réseaux de soins coordonnés, plaidoyer auprès des institutions. Le nouveau carnet de santé, avec son accent mis sur le repérage précoce des troubles moteurs et neurodéveloppementaux, vient confirmer la pertinence de ce travail de fond.
Conclusion par Patrick Saut : « La soirée inter-URPS a rappelé une évidence trop rarement énoncée : soigner l’enfant, c’est l’affaire de tous. Et dans cette équipe pluriprofessionnelle, les masseurs-kinésithérapeutes ont leur carte à jouer… et à faire valider dans le carnet ».




